Si vous ne devenez pas comme cet enfant, vous n’entrerez pas dans le royaume de Dieu

Évangile selon saint Matthieu chapitre 18, verset 3

J’ai été l’enfant le plus heureux du monde. Tout m’était bonheur : la tendresse de mes parents, l’attention de mes sœurs aînées, les jeux sans fin dans le grand jardin, dans les bois et dans la cour d’école, la musique qui égayait chaque pièce de la maison. Mon univers fut l’émerveillement étonné, l’assurance éblouie d’être aimé. Plus tard, le monde enchanté des livres, des contes et des romans a nourri de magnifiques rêves éveillés, rêves de sainteté...
J’ai toujours su que cette joie de chaque instant était un don, un cadeau merveilleux, une grâce lumineuse dont je n’étais pas digne, une chance inestimable que je n’avais pas méritée. Pour entrer dans le Royaume de Dieu, il faut redevenir cet enfant, confiant dans la miséricorde du Seigneur. Pour affronter la vie d’homme, il faut communier avec l’enfant que nous avons été, il faut s’appuyer sur la joie de l’enfance, cet âge béni où tout et rien sont merveille. Notre enfance est notre patrimoine pour la vie.

Aujourd’hui, quand je dis des paroles blessantes, quand mon cœur se gonfle de mépris et que ma bouche dessine un rictus mauvais, le petit garçon que je fus me regarde avec consternation. Mais quand je loue le Seigneur pour ses bienfaits, quand je partage ma joie avec des dépressifs ou des personnes fatiguées, le petit Philippe de jadis est fier de moi. Il revit en l’adulte que je suis dorénavant.
C’est la magie de Noël : la fête de l’enfant-Dieu permet cette métamorphose, réalise ce flash-back : nous redevenons l’enfant grave à la messe et joyeux quand il gambadait dans les fleurs du printemps parmi les sauterelles et les grenouilles. En ce temps d’avent, nous pouvons retrouver cette grâce de notre enfance. Il suffit de laisser déborder l’Esprit Saint, qui se souvient avec espièglerie de nos prières d’enfant et de notre juvénile clairvoyance.

Photo du frère Philippe Verdin toujours émerveillé à 3 ans
Joie et enfance